Peuple-Vert.fr
·29 mars 2025
Dissolution Ultras ASSE : L'essentiel de la conférence de presse

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·29 mars 2025
L'heure est grave. Les kops du stade Geoffroy Guichard pourraient se vêtir pour la dernière fois des bâches, banderoles, tifos et drapeaux de leurs deux principaux groupes de supporters ultras. Côté Nord, les Magic Fans 91, en Sud, les Green Angels 92. Voilà respectivement 34 et 33 ans que ces deux groupes portent, à travers toute la France et même en Europe, les couleurs de l'AS St-Etienne. Ce jour, en amont de la rencontre face au PSG, ils ont pris la parole afin de s'exprimer sur le projet de dissolution qui les menace.
Depuis plusieurs semaines, l’avenir des groupes de supporters ultras de l’AS Saint-Étienne est en suspens. Les autorités ont engagé une procédure qui pourrait aboutir à la dissolution des Magic Fans 91 et des Green Angels 92, les deux principaux groupes qui animent respectivement le Kop Nord et le Kop Sud du stade Geoffroy-Guichard.
Ce projet de dissolution repose sur des accusations liées à des incidents ayant émaillé certains déplacements et rencontres, notamment en raison de tensions avec les forces de l’ordre ou d’actes jugés violents. Les pouvoirs publics, s’appuyant sur des éléments recueillis lors d’enquêtes, estiment que ces groupes dépassent le cadre du simple supportérisme et veulent ainsi mettre un terme à leur existence légale.
Face à cette menace, les Magic Fans et Green Angels, via l'Association de Défense des Supporters Stéphanois (AD2S), ont pris la parole en amont de la rencontre face au PSG pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une attaque frontale contre leur passion et leur engagement, qui vont bien au-delà du simple supportérisme.
Depuis décembre dernier, une liste de neuf groupes de supporters à dissoudre a circulé, plongeant les Green Angels et les Magic Fans dans l'incertitude. Si les premières rumeurs ont été prises au sérieux par les ultras de l'AS Saint-Étienne, la notification officielle de dissolution par le ministère de l'Intérieur à la mi-mars a fait l'effet d'un séisme. Pourtant, comme l'a rappelé Tom, représentant des Green Angels, cette mesure ne résulte pas directement d'incidents ou de faits de violence récents : "On a toujours eu une position claire sur les violences, on les condamne. Nos membres assument leurs actes devant la justice, et nous avons aussi nos propres procédures en interne."
Actuellement, les groupes travaillent sur leurs observations à destination d'une commission qui émettra un avis sur la faisabilité de la dissolution. La décision est imminente : le 1er avril, les représentants des Magic Fans et des Green Angels seront auditionnés. "Cette dissolution est une ineptie, une décision politique qui créera plus de problèmes qu'elle n'en résoudra", martèle Tom. À travers ses 33 années d'existence, le mouvement ultra stéphanois a su se structurer, s'impliquer activement dans la vie du club et de la ville, organisant des déplacements et des animations d'ampleur reconnues à travers l'Europe. "On a toujours été des interlocuteurs sérieux pour l'ASSE, les pouvoirs publics et les associations locales."
Corentin, porte-parole des Magic Fans, insiste sur le rôle essentiel des groupes ultras dans le tissu associatif local : "Ce sont des milliers de jeunes qui ont été encadrés, éloignés de certaines dérives, drivés vers une mentalité de soutien à leur club." Pour lui, supprimer ces groupes reviendrait à faire disparaître des interlocuteurs fiables pour l'ASSE et les autorités locales. "On attaque des institutions du bassin stéphanois, pas seulement des supporters."
La réaction ne s'est pas fait attendre. De nombreux parlementaires, de droite comme de gauche, se sont élevés contre cette mesure, tout comme l'AS Saint-Étienne elle-même, qui affiche son soutien aux ultras. "Le ministère de l'Intérieur est aujourd'hui seul contre tous", affirme Tom, convaincu que cette décision va dans la mauvaise direction. "On va se battre jusqu’au bout pour sauver nos associations."
Les supporters ne comptent pas en rester là. Une mobilisation d'ampleur est attendue dans les rues de Saint-Étienne pour réclamer le maintien des Green Angels et des Magic Fans. "Nous voulons défendre notre idéologie, celle de Saint-Étienne, du club, de la ville, et faire rayonner cette ferveur unique", insiste Corentin. "Nous avons grandi en rêvant devant les tifos du Chaudron, nous voulons que les générations futures puissent vivre cela aussi."
La dissolution administrative des groupes de supporters de l'AS Saint-Étienne suscite une vive réaction, notamment de la part de l'avocat Maître Pierre Barthélémy, qui défend les intérêts des supporters dans cette affaire. Selon lui, cette décision repose sur des erreurs flagrantes et une méconnaissance totale de la réalité des associations de supporters à Saint-Étienne.
"Pas des problématiques locales. Donc il y a un problème de ciblage qui est important", souligne Maître Barthélémy. Il dénonce également une méconnaissance à Paris de ce que représente une association de supporters, particulièrement dans une ville comme Saint-Étienne. "C’est choquant de voir que le premier argument dans les procédures de notification est que ces deux groupes ne sont même plus des groupes de soutien à leur équipe, mais qu’ils se servent de l’AS Saint-Étienne pour chercher la violence", ajoute-t-il, exprimant sa stupeur face à une telle accusation.
Pour l'avocat, l'administration n’a pas pris le temps de mener un travail de terrain pour comprendre la situation locale. "Il aurait fallu peut-être deux coups de téléphone et cinq minutes de travail de terrain pour se rendre compte que ça n'était pas la réalité", précise Maître Barthélémy.
Maître Barthélémy met en lumière plusieurs erreurs fondamentales dans les documents officiels relatifs à cette dissolution. Il critique le fait que des personnes non impliquées dans les associations de supporters soient identifiées à tort comme des dirigeants de celles-ci, simplement parce qu'elles ont été condamnées lors de précédents matchs. "Ces mesures sont non seulement erronées, mais elles ne sont même pas nécessaires", explique-t-il.
Pour lui, la dissolution n’est pas la solution pour préserver l’ordre public lors des matchs de football à Saint-Étienne. "Saint-Étienne joue entre 35 et 50 rencontres par saison. Si c'était indispensable de dissoudre ces associations, il y aurait des incidents à tous les matchs, mais ce n’est absolument pas le cas", souligne-t-il. L’avocat critique aussi l’approche collective du ministère, qui privilégie des mesures de grande envergure plutôt que d’agir individuellement contre les personnes responsables des troubles.
Maître Barthélémy s'interroge sur l'efficacité et la proportionnalité de la dissolution des groupes. Selon lui, ces mesures ne résolvent pas les problèmes de violence, mais déstructurent des associations qui jouent un rôle important dans la sécurité et la vie sociale des tribunes. "On déstructure des structures, mais on n’empêche absolument pas les personnes qui se comportent mal d’aller au stade", regrette-t-il.
Il rappelle qu'il existe d'autres solutions pour prévenir les incidents, comme la mise en place de policiers référents spécialisés, mais déplore le manque de volonté politique pour les déployer. "50 000 euros, voilà ce que l'État français dit qu'il n'est pas capable de fournir pour développer un outil reconnu et admis par tous", ajoute-t-il, en dénonçant l'inefficacité des politiques publiques actuelles.
Les groupes de supporters, comme les Green Angels, pointent également l'absence de dialogue avec les autorités locales et nationales. "Nous n'avons pas eu de contact avec le ministère de l’Intérieur", déclare Tom des Green Angels. "C’est une décision politique, et l’incohérence de cette décision est évidente", insiste-t-il. Selon lui, cette dissolution intervient après des mois de communication nationale sur des questions de sécurité, sans lien avec les spécificités de Saint-Étienne.
Les supporters se sentent injustement accusés et voient dans cette décision une mesure symbolique, prise sans réel fondement. "On vit ça comme un énorme retour en arrière", conclut Corentin des Magic Fans, en évoquant l'échec du dialogue avec le ministère des Sports, qui, selon lui, ne soutient plus les efforts réalisés au cours des dix dernières années pour améliorer la sécurité et les conditions des supporters.
L'affaire de la dissolution des groupes de supporters de l'AS Saint-Étienne soulève une véritable polémique sur la manière dont les autorités traitent les supporters et leur rôle dans la sécurité des stades. Maître Pierre Barthélémy et les groupes concernés prévoient de contester cette décision devant les juridictions compétentes, arguant que des mesures alternatives et moins répressives existent.